Tribune « Appel de Belfort : Stop au saccage des emplois et de l’industrie en France »

Retrouvez la tribune que j’ai co-signée :« Appel de Belfort : Stop au saccage des emplois et de l’industrie en France ».« Nous assistons chaque jour au dépeçage en règle, d’un coin à l’autre de l’hexagone, de l’emploi industriel de proximité́ au profit de conglomérats mondiaux, généralement américains. Ceux-ci délocalisent postes de travail et bénéfices, passant par une cascade de paradis fiscaux pour défiscaliser grâce à des montages opaques, et ainsi décupler les dividendes. »

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C’est décidément sans fin. Nous assistons chaque jour au dépeçage en règle, d’un coin à l’autre de l’Hexagone, de l’emploi industriel de proximité au profit de conglomérats mondiaux, généralement américains. Ceux-ci délocalisent postes de travail et bénéfices, passant par une cascade de paradis fiscaux pour défiscaliser grâce à des montages opaques, et ainsi décupler les dividendes.

Tout ceci ne peut se faire sans un pilotage au plus haut niveau, incluant l’exécutif des entreprises, la haute fonction publique et des politiques au pouvoir. Ainsi le cas en cours de Verallia, l’ancien pôle verre de Saint-Gobain, qui a fait remonter en décembre dernier 559 millions d’euros de profits vers son actionnaire majoritaire le fonds d’investissement Apollo (établi aux îles Caïmans, l’un des paradis fiscaux les plus agressifs de la planète) après être parti de France et avoir transité par le grand-duché du Luxembourg. En août 2020 Verallia annonçait le licenciement de 198 salariés, et la fermeture du four de production à Cognac (Charente), et en même temps, distribuait 100 millions d’euros de dividendes.PUBLICITÉ

L’ancien président de Verallia Jean-Pierre Floris lui, a trouvé un poste au ministère de l’Economie où il est devenu «délégué interministériel aux restructurations d’entreprises» jusqu’en août 2019. Une des priorités de cette fonction est selon le gouvernement actuel de «prévenir les risques de fermetures de sites». Depuis Jean-Pierre Floris a rejoint le fonds d’investissement AlixPartners en tant que senior advisor. Tandis que la Banque publique d’investissement (BPI), elle, profitait du montage du fonds d’investissement Appollo dans Verallia et faisait remonter ses profits via le Luxembourg.

Dans cette vaste braderie aux actifs stratégiques de la France, le cas de General Electric Belfort, ancien site d’Alstom, spécialisé dans les centrales électriques (nucléaire, charbon, gaz) et la fabrication de turbines à gaz, turbines à vapeur, alternateurs, est emblématique. La pantomime prédatrice de ce fleuron industriel donne le tournis. Elle est minutieusement décrite par Frédéric Pierucci dans le Piège américain, par Jean-Michel Quatrepoint dans le documentaire Guerre fantôme et par le député Olivier Marleix dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire sur «les décisions de l’Etat en matière de politique industrielle». A quoi il faut rajouter le témoignage d’Edward Snowden et de Wikileaks sur le ciblage des entreprises par les agences de renseignement et le droit américain, utilisés comme armes pour éliminer les concurrents.

Cette opération n’a pu se réaliser sans le laisser-faire actif et complice de l’Europe, de Bercy, de certains hauts dirigeants politiques et des dirigeants d’Alstom. Patrick Kron, l’ancien président d’Alstom, est quant à lui parti avec un bonus de 4 millions d’euros, une retraite chapeau de 10 millions d’euros, et est désormais à la tête du fonds de placement Truffle Capital. Hugh Bailey, qui a supervisé le montage pour le ministère de l’Industrie et Emmanuel Macron, sera récompensé en se voyant attribuer le poste de directeur général de General Electric Belfort, sans qu’aucune commission déontologique ne trouve à y redire.

Du Canard Enchaîné à Libération, de l’Humanité à Capital, de France 3 à Thinkerview, de la presse régionale à Radio France, de Mediapart à Factuel Info, la presse a fait le job. Pour autant, à Belfort la prédation destructrice et mortifère continue. Ce ne sont pas 1 000 emplois que GE Belfort créera comme il s’y était engagé sous les vivats habituels, mais déjà plus de 1 000 supprimés malgré un rebond de 20% du marché des turbines à gaz en 2019 ! Et c’est maintenant la fermeture de l’entité hydroélectrique, et plus de 100 emplois que GE compte délocaliser de Belfort vers l’Inde, la Chine, la Turquie, l’Egypte ou la Hongrie. Les délocalisations touchent d’ailleurs toutes les entités de GE en France : l’aviation, les réseaux, l’informatique, et les ressources humaines. Que cela soit en région parisienne, à Villeurbanne, ou à Grenoble.

Et tout cela alors que les importants profits de GE Belfort ne reviennent même pas sur le site, mais passent directement vers une filiale en Suisse, sur laquelle il est impossible d’avoir la moindre information comptable.

Après Alstom, Alcatel-Lucent, Technip, Lafarge, quel sera le prochain fleuron industriel français sur la liste ? Construits grâce à la commande publique, ils ont fait rayonner l’excellence industrielle française à l’échelle de la planète. Lequel tombera dans les mains de nouveaux prédateurs financiers, avec la complicité de l’Etat français, dans un contexte de guerre économique exacerbée par l’attitude des Etats-Unis et de la Chine ?

En tant que lanceur d’alerte sur les systèmes opaques mis en place dans les paradis fiscaux, je lance un appel en lien étroit avec l’intersyndicale de GE Belfort, pour créer un vaste mouvement de résistance à cette stratégie industrielle dévastatrice pour les emplois de proximité et pour retrouver une souveraineté technologique, industrielle et énergétique. J’appelle à la création d’un groupe opérationnel, qui travaille de concert avec les intersyndicales et les salariés, pour trouver des solutions afin de préserver les emplois, protéger l’outil industriel et développer l’innovation.

L’appel de Belfort a pour but d’affirmer la nécessité d’action autour d’un projet de résistance, et de développement d’une industrie innovante consciente et soucieuse de réduire son impact négatif sur la nature et l’humanité. L’appel de Belfort c’est plus de respect pour le travail de nos concitoyens, pour la nature et pour des échanges équilibrés et dignes.

La manifestation débutera le samedi 24 octobre à 14 heures, devant la Maison du peuple de Belfort.

Casse sociale de ces derniers mois en France : CNB, Inteva, General Electric, Bridgestone, Duralex, Latecoere, SIMRA, 3A, Mecafi, PCC, RATP, DFDS, ESI Group, Abrisud, Distripac, Essilor, Aquarese, Saint Louis, Hutchinson, Renault, FerroPem, Daher, Baker Hughes, Radisson Blu, SKF, le Figaro, Leach, Servier, Comatelec, Prafer, Toupargel, Collins, Aerospace, Lisi- Creuzet, Sigfox, Mecachrome, ATR, Rossignol, Manitou, Genfit, Japy, Sacem, Elior, Vertou, Auxitrol Weston, Schneider, Airbus, Boiron, Siemens, Bricomarché, Air France, Fibre Excellence, Radio France, Alinea, Verrerie d’Albi, Stelia, Thalès, Rosières, Auchan, Top office, PicWicToys, Nokia, NextRadioTV, TUI France, Exxon Mobil, Spherea, Sogeclair, Figeac Aero, Verallia, Christal Union, Astronic PGA, Blizzard, Aequs, Cargill, BT2i, Eolane, Sealants Europe, Maec.

Signataires :

Amblard François (polytechnicien), Aubry Manon (députée européenne FI), Autain Clémentin (députée FI), Bernalicis Ugo (député FI), Bompard Manuel (député européen FI), Boulo François (avocat, porte-parole des gilets jaunes), Bourry Xavier (polytechnicien), Buffet Marie-George (députée PCF), Branco Juan (auteur et avocat), Bruneel Alain (député PCF), Chaibi Leïla (députée européenne FI), Chaix Maxime (journaliste), Chassaigne André (député PCF), Chenin Eric (polytechnicien X77), Clerc Guillaume (journaliste, Factuel ; info), Coquerel Eric (député FI), Corbière Alexis (député FI), Coupé Florian (polytechnicien X2006), Désir Jérémy (lanceur d’alerte), Deza François (polytechnicien), Dufrègne Jean-Paul (député PCF), Dumas Frédérique (députée UDI), Eckert Christian (ancien ministre du budget, PS), Fiat Caroline (députée FI), Frérot Olivier (polytechnicien), Faucillon Elsa (députée PCF), Faudot Fabien (conseiller départemental de Belfort, GRS), Gonthier Julien (Union fédérale Sud Industrie), Harbulot Christian (directeur de l’École de Guerre Économique), Hommeril François (Président confédéral CGE-CGC), Hourcade Jean-Charles (ancien Directeur Général Adjoint de Thomson, ancien Directeur Général de France Brevets, Membre de l’Académie des Technologies), Izard Laurent (normalien, agrégé), Jaber Samia (Conseil départemental Belfort, gauche), Kuzmanovic Djordge (président de République Souveraine), Lachaud Bastien (député FI), Larive Michel (député FI), Lecoq Jean-Paul (député PCF), Lienemann Marie-Noëlle (sénatrice GRS), Marce Olivier (CFE-CGC Nokia), Maurel Emmanuel (député GRS), Mejias de Haro Anne (lanceuse d’alerte), Mélenchon Jean-Luc (président du groupe FI à l’Assemblée Nationale, député), Meslot Damien (maire de Belfort, LR), Moinet Nicolas (directeur adjoint de l’IAE de Poitiers et chercheur associé à l’RSEM), Obono Danièle (députée FI), Omarjee Younous (député européen FI), Oussedik Mohammed (CGT Verallia), Panot Mathilde (députée FI), Pelletier Anne-Sophie (députée européenne FI), Peu Stéphane (député PCF), Pinçon-Charlot Monique, Pinçon Michel (sociologues, anciens directeurs de recherche CNRS), Portalez régis (polytechnicien), Pourchot Thierry (polytechnicien), Prud’homme Loïc (député FI), Quatennens Adrien (député FI), Regnaud-Nassan Mathilde (EELV-Belfort), Ressiguier Muriel (députée FI), Romagnan Barbara (ex-députée PS du Doubs, Génération·s), Robert Denis (auteur et journaliste), Roujoux (de) Guillaume (polytechnicien), Roussel Fabien (secrétaire générale du PCF, député), Rubin Sabine (députée FI), Ruffin François (député FI), Sanviti Roland (avocat), Spinelli Dominique (syndicaliste CGT, Verallia), Sterdyniak Henri (polytechnicien, économiste, Les Économistes atterrés), Taurine Bénédicte (députée FI), Vuillaume Frédéric (gilet jaunte et syndicaliste FO), Weber Wilfried, (CFE-CGC Technip), Wulfranc Hubert (député PCF).

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