Muriel Ressigiuer concernant la mission Enseignement du Projet de Loi de Finance 2019
« Vous formerez à l’avenir, non pas des citoyens émancipés, mais des employés destinés à servir votre start up nation »

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Monsieur le rapporteur, Chers Collègues,

Sans surprise, le Budget 2019 pour la mission Enseignement scolaire et la mission Sport, jeunesse et vie associative est dans la droite ligne du budget 2018. Vous continuez à détricoter l’école de la République et vous vous vous attaquez au tissu associatif Français.

Dans ce PLF, vous évoquez sans cesse une “école de la confiance”, mais de quoi s’agit-il exactement ? Certes, dans le primaire, le dédoublement des classes de CP va permettre une meilleure prise en charge des élèves. Mais dès l’enseignement secondaire, vous prévoyez d’affaiblir le service public de l’éducation nationale en supprimant 2600 postes d’enseignants ! Ce qui va inévitablement conduire à surcharger les classes de collèges et de lycées, ce dont vous avez d’ailleurs probablement conscience puisque vous imposez en parallèle des heures supplémentaires aux enseignants. Hier, lundi 12 novembre, vous avez réussi à rassembler contre vous 7 syndicats de l’éducation nationale, une première depuis 2011 : Bravo !

En tenant compte de l’inflation et de l’accroissement démographique, la mission Enseignement scolaire accuse pour 2019 une baisse de 0.02% de son budget. Alors que les politiques d’austérité ont déjà démontré leur inefficacité, vous faites à nouveau le choix d’accentuer le démantèlement de l’Education Nationale. Ceci dégradera les conditions d’études des élèves et les conditions de travail du personnel. Pourquoi un tel choix ?

Surtout que le constat est déjà alarmant :

  • Depuis 2007, une école par jour a fermé, principalement en zone rurale.
  • Depuis la rentrée de septembre, la FCPE a enregistré 29 862 heures d’absences de professeurs non remplacées, de la maternelle au lycée. Est-ce là, l’école de la confiance que vous appelez de vos vœux?
  • Avec votre réforme du BAC qui entrera en vigueur en 2021, vous introduisez le contrôle continu et allez donc créer une inégalité des chances entre les élèves détenteurs d’un diplôme qui n’aura désormais plus la même valeur selon l’endroit où il sera obtenu. C’est la fin de l’Ecole de la République. Le baccalauréat, porte d’entrée aux études supérieures, doit rester un diplôme d’Etat passé dans les mêmes conditions et ayant la même valeur sur tout le territoire français.
  • De plus, vous baissez le taux d’enseignements généraux dans les lycées professionnels, vous dévalorisez certains enseignements optionnels au bac comme le théâtre, le sport, les langues.

Mais l’inégalité face à l’éducation ne semble pas vous préoccuper, bien au contraire. Vous développez une philosophie de l’éducation compétitive et libérale, avec en ligne de mire l’employabilité seulement. Vous formerez à l’avenir non plus des citoyens émancipés mais des employés destinés à servir votre start-up nation.

A l’inverse, nous défendons une école républicaine lieu de l’égalité et de l’émancipation.

Nous proposons notamment la gratuité des cantines scolaires, un véritable statut pour des AESH, acteurs majeurs de l’inclusion scolaire, la création de postes de CPE, de professeurs, de médecins, d’infirmiers et de psychologues scolaires.

En ce qui concerne la mission sport, jeunesse et vie associative, là encore, votre budget n’est pas au rendez-vous. En effet, le budget de la mission sport accuse une baisse de 10% ! Vous faites les choix de valoriser l’organisation des JO, au détriment de la pratique quotidienne du sport. Une fois de plus, ce sont les citoyens qui seront pénalisés au quotidien.

Quant au monde associatif, vous persistez dans la précarisation en incitant les associations à utiliser du personnel à bas coût (bénévoles, services civiques, stagiaires) plutôt que de les aider à stabiliser leur activité et à pérenniser leur personnel avec des conditions de travail dignes. Or, l’engagement associatif, l’éducation populaire et la pratique sportive, permettent à chacun de s’épanouir et d’être acteur de la société. Mais comme pour l’éducation, vous appliquez ici aussi une vision marchande et exclusivement économique.

Finalement, à travers ce budget, vos choix politiques ont le mérite d’être clairs. Ils consistent à mettre fin aux services publics et à se prosterner devant l’Argent-roi. Le vocabulaire entrepreneurial de la performance et de l’efficience est omniprésent. C’est le signe d’un basculement de société vers l’individualisme et la marchandisation du savoir.

Nous portons bien évidemment une toute autre vision de la société tournée vers l’humain d’abord. Une vision dans laquelle l’Etat Républicain a pour ambition première de servir l’intérêt général. Notre projet pour l’éducation est inséparable de notre projet de société. À l’heure où nous devons faire face à de nombreux défis sociétaux et environnementaux, l’école doit devenir le lieu de l’éducation à l’intérêt général où l’individu s’émancipe, peut sortir du déterminisme social et se prépare pleinement à l’exercice de sa citoyenneté.

Share.

About Author

Leave A Reply