Mme Muriel Ressiguier interroge Mme la ministre des solidarités et de la santé sur la dégradation des soins psychiatriques en France.

Le 28 juin dernier, vous avez présenté votre feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie, dans laquelle vous affirmez votre volonté de revaloriser cette discipline afin qu’elle ne soit plus le parent pauvre de la médecine. Les trois grands axes d’intervention que vous avez définis visent notamment à repérer plus précocement la souffrance et les troubles psychiques, prévenir le suicide, améliorer les conditions d’inclusion sociale des personnes en situation de handicap psychique et de garantir des parcours de soins coordonnés en structurant l’offre de proximité.

Il est effectivement urgent de changer le regard sur les troubles psychiques et permettre aux soignants d’assurer un suivi de qualité à des patients en constante augmentation due, entre autre, à des facteurs de stress de plus en plus nombreux dans nos sociétés modernes, notamment au travail. Selon l’OMS, une personne sur quatre serait touchée par un trouble psychiatrique au cours de sa vie en Europe. En France, le syndrome d’épuisement professionnel communément appelé Burn-out est devenu un enjeu de société.

Discipline pourtant essentielle, la psychiatrie de secteur en France connaît au contraire de graves difficultés comme en témoignent depuis plusieurs mois les situations préoccupantes dans plusieurs CHU français, comme à Amiens, Rouen, le Havre, ou encore à Montpellier. Dans chacun de ces centres hospitaliers, les soignants dénoncent le manque de personnel, le manque de lit, le manque de moyens alloués à leur discipline ou pire encore, la fermeture d’unités de soin. C’est le cas dans ma circonscription à Montpellier où, le directeur du CHU a fait le choix de fermer une unité de soin des troubles anxieux et dépressifs de 19 lits, pour développer des services ambulatoires sans y associer tous les soignants concernés qui eux préconisent de garder 5 lits. Que deviendront les patients vulnérables, livrés à eux même le soir et le weekend ? Le service d’intérêt général rendu aux citoyens que remplit la psychiatrie publique peut-il être à ce point délaissé ?

A Montpellier, les soignants ont collectivement manifesté leur mécontentement, soutenus par des familles de patients et des patients eux-mêmes. A Amiens, ils n’ont pas hésité à camper aux portes de leur établissement pendant deux long mois pour protester. Et à Rouvray, à Rouen et au Havre ils ont entamé une grève de la faim.

Face à la sonnette d’alarme que tirent tous les professionnels de la psychiatrie publique, est-il vraiment pertinent, à budget constant, de fermer des services, sans mettre en place les moyens humains et financiers pour assurer une prise en charge efficace de tous les patients sachant qu’ils sont de plus en plus nombreux et précaires et que les cliniques privées ne les prendront pas en charge ? Que répondez-vous aux soignants qui réclament, comme à Rouen, la création de postes, ou à Montpellier, d’être pleinement associés à la réorganisation en cours ? Dans votre plan d’action, vous avez annoncé vouloir faire de la psychiatrie une priorité de santé sans pour autant augmenter les budgets pour cette discipline. Comment dans ces circonstances, allez-vous donc donner aux soignants les moyens humains et financier d’assurer un service public psychiatrique de qualité ?

 

 

 

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