« On m’a dit ; avec la carte de députée, tu peux aller où tu veux… Alors, j’en profite ! », balance Muriel Ressiguier, députée de la deuxième circonscription de l’Hérault, au moment où la première porte de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, au sud de Montpellier s’est ouverte, pour une visite à la fois curieuse et surprenante. Récit.

Depuis 2000, les parlementaires ont un droit de visite dans les prisons. Même si cette pratique reste peu employée, la députée de la France insoumise, nous a conviés à l’accompagner durant une entrevue, qui aura duré au total plus de trois heures. Pas assez pour elle ! Elle y retournera et elle l’a déjà fait savoir au nouveau directeur, en poste depuis septembre dernier.

Une fois la première porte franchie, nous nous sommes –la députée, son attaché parlementaire et quelques journalistes- retrouvés dans un premier sas de sécurité. À ce moment-là, chacun a dû présenter sa carte d’identité et sa carte professionnelle à un agent pénitentiaire. Une fois cette mesure de sécurité achevée, tous nos objets ont été passés au scanner aux rayons X. En même temps, nous avons dû franchir un portique pour la détection des métaux. Jusque-là, rien de très surprenant dans un tel endroit.

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La vue à travers les barreaux, depuis une cellule. – Anthony Montardy/Métropolitain.

« Je veux tout voir ! »

Une fois ce contrôle terminé, Jacques Paris, le directeur de la maison d’arrêt, nous conduit dans son bureau. Nous quittons alors le bâtiment attenant au haut muret de six mètres et nous franchissons un large chemin de rondes, inaccessible aux détenus, pour pénétrer dans l’enceinte du milieu carcéral. Place aux hautes clôtures de barbelés, aux barrières répulsives constituées de clôtures électriques et aux traditionnels barreaux.

Nous arrivons dans le bureau du directeur, expérimenté puisqu’il en est à sa 36ème année au poste de direction d’un établissement pénitentiaire. Jacques Paris demande à Muriel Ressiguier quelles sont ses attentes pour cette visite : « Je veux tout voir ! ». Et de citer quelques exemples, comme le quartier des mineurs, les cellules bien sûr, ou encore les salles d’enseignement, avant d’insister tout particulièrement sur l’unité sanitaire. Face à la détermination de la députée, le directeur sourit et acquiesce.

« C’est incroyable ça ! C’est même louche. Je vais gratter ! »

Jacques Paris présente l’état des effectifs du jour. Faute d’avoir un numérus clausus, les prisons françaises ne peuvent pas refuser les détenus, même quand elles sont pleines et pour cause, à Villeneuve-lès-Maguelone, 911 personnes sont incarcérées, alors qu’elle ne compte que 623 places. Un taux de surpopulation carcérale de +146%, qui ne cesse d’augmenter.

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Anthony Montardy/Métropolitain.

Nous descendons du premier étage du bâtiment administratif et nous tombons nez à nez avec un cadre de la cellule sanitaire, plutôt souriant à l’idée de parler à une femme qui siège à l’Assemblée nationale. Seulement, à la première question, il ne répond pas. À la deuxième, il indique clairement que son chef de service –parti peu de temps avant et informé de la venue de la députée- avait donné l’ordre de ne répondre à aucune question. Malaise. La députée s’agace et jette en rigolant nerveusement ; « C’est incroyable ça ! C’est même louche, ça donne envie de gratter. Je vais gratter ! » .

« Je suis là pour que les choses avancent »

Une situation dont le directeur d’établissement et son adjointe, se seraient bien passées. Mais là, ils n’y peuvent rien, car la médecine pénitentiaire n’existe plus. Depuis longtemps maintenant, c’est le ministère de la Santé avec les hôpitaux qui se chargent de cette partie. À Villeneuve-lès-Maguelone, c’est un service à part entière rattaché au CHU de Montpellier qui gère et d’après le syndicat UFAP-UNSa-Justice, confirmant les propos de la direction, il n’existe aucune hiérarchie entre la prison et l’hôpital, ce qui rendrait la collaboration quelquefois difficile.

Nous continuons la visite et atteignons la buanderie. Là, où quelques détenus qui travaillaient, ont répondu aux questions de Muriel Ressiguier. Combien êtes-vous payés pour ça ? de 2€ à 3€ de l’heure. Vous travaillez tous les jours ? Je peux aller jusqu’à 6 heures par jour maximum.

Une inquiétude : la récidive

La privation de liberté est la peine la plus lourde, que peux encourir une personne sur le sol français et ce qui inquiète de plus en plus les personnels de la Justice, au plus grand désespoir des forces de l’ordre, c’est bel et bien la récidive. Muriel Ressiguier semble rejoindre cette inquiétude et veut la traduire politiquement : « Je suis là pour que les choses avancent, la surpopulation carcérale dénature la peine, la dignité de la personne, complique la réinsertion et augmente les chances de récidive ».

Nous arrivons dans l’aile des « nouveaux arrivants » et commençons par échanger avec les agents dans leur bureau. La députée s’intéresse de près aux questionnaires qui sont remis aux nouveaux détenus et à trois objets posés et dont l’un avait le plus attiré l’attention des visiteurs : un simple manche de balais en aluminium qui a été confectionné pour devenir une véritable arme artisanale, avec une fourchette en bout.

Deux agents pénitentiaires qui montrent à Muriel Ressiguier, une arme artisanale confectionnée par un détenu.

À l’issue de cet entretien, l’élue  a visité plusieurs cellules et discuté avec certains détenus, dont notamment, trois des douze adolescents incarcérés. Au fur et à mesure, les agents réalisent plusieurs chantiers avec les détenus et rénovent les bâtiments, mais même malgré ça, l’état des cellules est dégradé et “loin du confort tant crié” dans l’opinion publique, comme l’a jugé un de nos confrères.

Les détenus ont leur journal

Dans cette immense maison-forteresse, qui repose sur un site de plus de 5 hectares et qui ne vit que de la lumière artificielle, nos yeux ont été éblouis, une fois arrivés dans la partie réservée à la culture et à l’enseignement. Très loin des cellules d’une superficie comprise entre 10,58m2 et 16,10m2, nous avons découvert des salles un peu plus spacieuses, illuminées par la lumière du jour, avec différentes activités. Salle d’entraînement au code de la route, salles de cours, bibliothèque et même, une salle de rédaction pour éditer Hector, leur propre hebdomadaire en noir et blanc, distribué tous les vendredis dans toute la prison.

Plusieurs personnalités, comme Didier Deschamps, Grand Corps Malade, Michel Platini ou encore Kito de Pavant ont été interviewés, à distance ou sur place. En mai, ce sera le colonel Éric Flores, le directeur du Sdis 34 qui répondra aux questions des détenus volontaires. “Nous ne choisissons que des personnes exemplaires, on évite les rappeurs et les personnalités de télé-réalités. L’objectif est de rappeler que l’avenir n’est pas ici, mais là-bas”, indique le responsable de l’hebdomadaire, tout en montrant du doigt et du haut du quatrième étage, la plage aperçue au loin.

À ce moment-là, il est déjà 17h30 et faute d’avoir un TGV plus tard à destination de Paris, Muriel Ressiguier écourte sa visite et demande de finir en passant par les parloirs, avant de répondre aux quelques questions des journalistes. À l’instar de sa détermination, elle a annoncé qu’elle reviendra pour visiter ce qu’elle n’a pas eu le temps de découvrir, rencontrer les syndicats un par un et tenter de s’entretenir -ou pas- avec le chef de service de la cellule sanitaire; à défaut, elle ira directement toquer à la porte de la direction générale du CHU de Montpellier.

À suivre.

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